
Les
souris de la cité :«
ALIA DIENE »
Il y a très longtemps la cité
blanche qui porte le nom d’un ancien Djaraf lébou « Alia
DIENE » était inhabitée et était occupée
par quelques rongeurs tels que « Djinakh » la souris et ses descendants
car c’était une plantation de manioc.
Aujourd’hui, avec les travaux d’aménagements, ces champs
sont devenus de belles habitations. La cohabitation n’était pas
facile car la famille de Djinakh y avait élu domicile et ne pensait
guère déménager. A défaut de manioc, elle s’adapta
aux habits gardés au fond des armoires et aux ravitaillements gardés
des magasins et des cuisines. Régulièrement on entendait des
cris pour constater l’œuvre de Djinakh dans une maison. Pour mieux
attaquer les hommes et les obliger à lui laisser son habitat elle donnait
l’ordre à sa famille de produire un bruit infernal dans les maisons
afin d’empêcher leurs habitants de dormir la nuit. Les hommes
utilisèrent des produits hautement toxiques et des pièges très
sophistiqués pour éliminer définitivement la famille
de Djinakh. Comme elle s’est adaptée à sa nouvelle nourriture,
elle s’est immunisée aux produits les plus toxiques et a su contourner
les pièges les plus dangereux pour s’installer d’avantage.
Un boutiquier maure qui s’appelait Maouloud venait juste de s’installer
dans un coin du quartier. Informé de la situation qui prévalait
dans le quartier, Maouloud engagea El Hadj Mous le chat qui revenait fraîchement
de la Mecque comme gardien. L’information arriva chez Djinakh qui réunit
aussitôt tous les membres de sa famille pour faire face à cette
nouvelle situation.

Les
souris de la cité :«
ALIA DIENE » (Suite)
Djinakh ouvrit la scéance par cette
question :
« Connaissez-vous El Hadj Mous le chat ? »
Mame Djinakh la doyenne déclara aussitôt :
« Nous avons entendu parler de lui mais nous ne l’avons jamais
vu. La légende nous rapporte que tous nos ancêtres qui l’ont
vu n’ont pas vu le jour suivant. »
L’aîné des enfants répliqua :
« Nous ne le connaissons pas. Toute personne l’ayant senti, n’a
pu le raconter. »
Et enfin la cadette Djinakh prit la parole :
« El Hadj Mous vient de la Mecque. Il est devenu sage car c’est
un El Hadj donc un bon musulman. Je pense qu’il ne s’attaquera
plus aux autres créatures. »
Le père répondit sagement à la cadette :
« La Mecque ne change pas le caractère ! »
Il poursuivit pour les autres :
« C’est sûr que Mous est là et sa famille le rejoindra
bientôt. De plus les hommes construisent des murs en béton armé
et mettent des dalles sur les toits, les cours et même maintenant le
long des rues. Il n’y a plus de terre à creuser et la famille
de Mous envahira bientôt le quartier. Il faut quitter les armoires,
les magasins, les cuisines et les recoins. Aiguisez vos dents et apprenez
à ronger les dalles et les murs les plus solides qui constitueront
votre nouvel habitat. Les hommes, en voulant diminuer le poids des maisons
et leur température intérieure, les construisent avec des briques
creuses qui facilitent votre tâche et sécurisent l’habitat.
Sous les dalles des cours et des rez-de-chaussée il y a la terre facile
à creuser. L’essentiel est de construire une porte étroite
et bien cachée au bas des murs et des dalles. Soyez plus vigilants.
»

Les
souris de la cité :«
ALIA DIENE »
(Suite et fin)
Les jours passèrent, on ne voyait plus
la famille Djinakh mais les mêmes dégâts se répétèrent.
Maouloud était obligé de renvoyer El Hadji Mous et sa famille
qui commencèrent à errer dans les rues du quartier.
Ne se sentant plus en sécurité, Maouloud préféra
casser la dalle et enterrer son épargne. Malheureusement, c’était
à côté du terrier bien masqué de Djinakh. Quelques
jours après, au moment d’aller payer des marchandises, il déterra
ses liasses de billets de dix mille francs et ne trouva qu’un tas de
petits morceaux de papier et des crottins de Djinakh. Il prit un marteau et
un brin, cassa la dalle et creusa jusqu’à retrouver Djinakh.
Il la prit par la queue et lui dit :
« Avec ta petite tête, tes oreilles pointues, ton gros ventre
et tes jambes trop raides je peux bien te tuer mais je ne le ferai pas…
»
Avant qu’il ne termina son discours, Mous qui guettait dans un coin,
fonça, s’empara de la tête de Djinakh et disparut en toute
vitesse.
L’absence de père Djinakh inquiéta la famille et la cadette
proposa d’aller consulter El Hadji Mous qu’elle prenait pour un
sage. Dès que ce dernier l’aperçut il ôta son turban
et fonça sur elle. Avant qu’elle n’ait eu le temps de se
souvenir des recommandations de son père et de la légende, elle
était déjà dans la bouche de El Hadji Mous.
« Djiko ak borom pakh »
Traductuin:" Le caractère ne change jamais, on meurt avec."