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Fary l'ânesse (partie1)

Il y a très longtemps de cela, la Presqu’île du Cap-Vert était couverte d’une forêt très dense. Le seul moyen de transport terrestre qui existait était l’âne. Chaque année, MORY le bûcheron, de sa lointaine Cayor, chargeait son âne de mortiers, de pilons et de calebasses et allait les vendre aux Lébous. Durant le séjour il transportait le poisson vers les villages continentaux. L’âne travaillait jour et nuit. Il était devenu très maigre. A la fin du séjour, son maître le chargea lourdement de coquillages pour les revendre dans son pays.
Sur le chemin du retour, à quelques heures de son village, MORY, épuisé, s’arrêta sous un grand baobab, s’étala et s’endormis au pied de l’arbre. L’âne, sa lourde charge sur le dos, broutait quelques brindilles d’herbes éparpillées. L’ange des ânes descendit du ciel et lui proposa de le venger de son maître :
« Je connais bien votre maître, avec les fruits de vos travaux il épousera une belle femme et vous allez mourir de faim avant les premières pluies. »
L’âne sursauta et le chargement tomba. Il dressa ses longues oreilles et ouvrit de grands yeux vers l’ange et sans hésiter accepta la proposition.
L’ange poursuivit :
« Je vais te transformer en jeune fille très belle, rentre directement au village. Une famille qui vient de s’installer à l’entrée du village t’adoptera et Mory viendra te proposer le mariage et tu pourras te venger comme tu voudras. »
La nouvelle jeune fille regagna sa famille adoptive et prit le nom de Fary. On parla de sa beauté dans le village et les hommes venaient de tous les quartiers pour la courtiser.
Mory chercha son âne partout et finit par conclure qu’il était mort quelque part de faim. Il mit fin à ses recherches et décida d’aller courtiser la nouvelle venue.
Il alla rencontrer Fary et sa famille. Avec son butin amassé à la côte, il surpassa toutes les offres et obtint la main de Fary qui rejoignit quelques jours après la maison de son mari.

 

Fary l'ânesse (partie2)

Les jours passèrent et Fary prépara minutieusement le plan de liquidation de son maître afin de ne plus retourner à la côte. A ce moment, Mame Gagnado, une veille bûcheronne gardienne de la tradition, suivait de près Fary. Elle consulta les corilles et découvrit que l’étrangère était un âne qui préparait un mauvais coup pour son maître. Elle proposa d’aller rencontrer immédiatement son petit-fils Mory avant qu’il ne soit trop tard.
Elle arriva à la maison, salua cordialement la famille, s’isola avec Mory et lui demanda :
« Pourquoi t’es-tu marié sans le dire à ta grand-mère? »
Ce dernier répondit :
« On en a tellement parlé que je pensais que tout le monde était au courant de mon mariage. »
La veille dame poursuivit :
« La femme que tu viens d’épouser n’est pas une personne. Elle te veut du mal. Si son plan réussit, tu disparaîtras définitivement de ce monde. »
Mory sursauta, mit sa main dans sa poche, en tira deux noix de cola, les offrit à la dame et lui demanda :
« Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »
Mame Ganado le remercia longuement et lui proposa :
« Avant de vous endormir, caresse ta femme en entonnant le chant suivant:
- Fary danganli danganli doufé Fary ndaw !
Fary mi thi dé gui mbamyé doundanivo tha te nieuw !
Do nitèye mbamga do nitèye mbamga ! »
Le soir même, avant de s’endormir, Mory caressa sa femme en entonnant le chant. Fary l’interrompit aussitôt et lui dit :
« Si tu veux que notre mariage continue arrête ce chant ! »
Mory recommença de plus belle et Fary reprit son apparence initiale, celle d’un âne. Il comprit aussitôt et réaffirma un vieux proverbe wolof :
« Mak matna bayi thi ab deuk »
Traduction:"Les anciens ont toujours leur place dans la société."

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