Cette année là, les pluies n’étant
pas au rendez-vous, la végétation était triste et les
épidémies n’épargnaient ni les animaux ni les hommes.
La famine s’installait partout et trouver à manger était
le problème de tous.
Bouki était devenu très maigre et très malade. Il passait
tout son temps à errer à travers la savane. La vie devenait
de plus en plus dure et Bouki finit par abandonner son pays pour aller vers
la côte. Il marcha des jours et des nuits en direction du couchant.
Un après-midi, derrière un rideau d’arbres, il se retrouva
subitement en face de la mer. Une bande de poissons laissée par les
vagues couvrait la berge.
Bouki entendit une voix en sourdine qui l’interpella :
« Bouki, prenez trois poissons pour votre repas, cela vous aidera à
retrouver vos forces ! »
Bouki croyait qu’il rêvait mais se rendit compte que c’était
la réalité. Il se posa plusieurs questions et la voix l’interrompit
de nouveau :
« Bouki pressez-vous avant qu’il ne soit trop tard. Prenez juste
votre repas et partez jusqu’à la prochaine fois ! »
Il ne voulut rien entendre et monta sur un rônier pour y couper des
feuilles et construire un grand panier afin d’emporter le maximum de
poissons avec lui.
Au moment de couper les dernières feuilles il entendit un grand bruit
et vit une vague géante comme une montagne se déverser sur la
berge. A son retrait, elle emporta la bande de poissons et on ne voyait plus
que du sable.
Bouki sauta du haut de l’arbre, tomba lourdement, se releva, regarda
à gauche puis à droite et ne vit aucun poisson. La vague avait
tout emporté. Il interrogea la voix sourdine mais un silence de mort
s’empara de la plage. Une voix rauque traversa le ciel et lui rappela
un vieux proverbe :
«En voulant trop gagner, on risque de tout perdre» .