Tout Yoff sait que l’hivernage est
le moment où plusieurs personnes meurent noyées. Que l’on
sache nager ou pas, qu’importe. En outre, la plage de Yoff sauf à
un endroit « kassoub » est déclarée zone dangereuse
où la baignade est interdite. Ngoné décide un jour d’aller
se baigner près du Mausolée de Diamalaye, endroit réputé
très dangereux. Téméraire, elle entre dans l’eau
malgré les avertissements de quelques pêcheurs assis sous les
« Mbars »(hangars) sur la plage. « Eh, janq-bi (jeune fille)
! N’entre pas dans la mer. Le courant est très fort. ¾Je
sais nager. Alors laissez-moi tranquille » répond-elle. Et elle
continue son bonhomme de chemin, s’enfonçant toujours dans les
eaux. L’eau lui arrive aux cuisses, ensuite à la ceinture, puis
aux épaules. Sa grand-mère alertée, lui lance un dernier
appel, l’invitant à sortir. Mais Ngoné n’écoute
pas. Soudain, une grosse vague comme par enchantement la saisit, la soulève
et l’enfonce, la tête la première en chantant : «
Xale-bu dul dëgg, ma baax ci moom. » Traduction : « Moi,
la mort, je peux rendre l’enfant loins têtu »Tout le monde
court vers l’endroit où elle a disparu dans l’espoir de
l’apercevoir. Mais, aucune trace de Ngoné. Ainsi décide-t-on
d’aller chez ses parents pour préparer ses funérailles.
Mais sous les eaux, Mame Ndiaré le génie protecteur du village,
a entendu le chant de la méchante vague. Elle dégage Ngoné
de l’emprise de la méchante et la dépose avec beaucoup
de tendresse sur le sable fin de la plage en la couvrant de « waak.
» Au contact de ce doux lit, elle s’endort en soufflant comme
une locomotive. Un des pêcheurs du « Mbar » rentrant de
la pêche, l’aperçoit, accoste à côté
d’elle, et constate qu’elle est en vie et dort paisiblement. Aussitôt,
il prend ses jambes à son cou et avise les parents qui tous viennent
trouver Ngoné, toujours assoupie. Réveillée, elle raconte
à ses pairs sa mésaventure, ainsi que l’intervention de
Mame Ndiaré. Elle promet ensuite de toujours suivre les conseils des
anciens.
"Waxu mag du fanaan all."
Traduction:"Tôt ou tard, tu te rendras compte que les conseils
des anciens sont justes".